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jeudi 7 juin 2012

Dom Juan, Acte I - Scène 2, Molière


Dom Juan
Acte I - Scène 2


Introduction :
Sganarelle et Dom Gusman viennent de dresser un portrait à charge de D-J quand celui ci arrive. Dans cette tirade D-J expose sa vision de l'amour. Il développe pour cela une argumentation particulièrement habile. S'il apparaît comme un libertin, ce qui frappe également ce sont surtout ses talents d'orateur.

Plan :

I) un libertin
1) de mœurs
a) critique de la fidélité
- éloge de l'inconstance
- champs lexical du plaisir + désir de multiplier les conquêtes
b) goût pour les défis amoureux
- description de la stratégie
- connotation militaire
- comparaison avec Alexandre souligne l'orgueil et le désir de domination
c) un esthète
- les femmes sont essentiellement désignées par des termes qui renvoient à leur beauté physique

2) de pensée
a) refuse les codes sociaux et religieux
- refus valeurs traditionnelles : mariage "j'ai beau être engagé l'amour qui j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres"
- établir sa propre justice, ses propres codes de la fidélité = faux honneur + mort ≠ inconstance=vie.
- mépris vis à vis des fidèles, ce sont des "ridicules"
b) référence à la nature
- "où la nature nous oblige" nature comme principe ordonnateur de l'univers ≠ Dieu
- l'Église ≠ philosophie d'Épicure
c) accorde beaucoup d'importance à la liberté de penser et à la satisfaction des désirs
- "des conquérants qui volent perpétuellement de victoire en victoire"…

II) Un orateur particulièrement doué

1) un discours argumentatif
a) discours structuré
- réfute la thèse adverse : contre la fidélité
- l'éloge de l'inconstance : avance sa propre thèse : "tout le plaisir de l'amour est dans le changement"
b) D-J se pose en victime de la beauté des femmes et de la nature
- champ lexical de l'envoutement
c) vocabulaire de la justice

2) un discours persuasif
a) figures de styles discréditant Sganarelle et les fidèles
- "la belle chose" ; ironie ? ; oratoires
Etc…

Quand vous serez bien vieille, Pierre de Ronsard


“Quand vous serez bien vieille”
Pierre de Ronsard


Montrez en quoi ce texte a une dimension argumentative.

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Introduction :
Les sonnets pour Hélène est une œuvre de commande faite à Ronsard, célèbre poète du XVIème siècle et chef de fille de la Pléiade. Le poète, à la fin de sa vie quand il rédige cette œuvre, s’était déjà inspiré des thèmes épicuriens du “Carpe Diem” et du “Memento Mori” dans d’autres œuvres comme les Odes, mais c’est ici sous un jour beaucoup plus réaliste que Ronsard nous livre une déclaration d’amour. Par quels procédés Ronsard convainc et persuade t-il Hélène de Surgéres et, par la même occasion, son lecteur de profiter sans plus attendre de la vie? Dans un premier temps nous étudierons le réalisme qui se dégage du sonnet, et en quoi il sert la stratégie du poète. Puis nous nous intéresserons le rôle respectif du “Memento Mori” et du “Carpe Diem”.

Lecture

I)Une scène extrêmement réaliste :

une scène de la vie courante : une veille femme (Hélène), filant et chantant près d’un feu, une servante qui commence à s’endormir avant d’être réveillée à l’évocation de Ronsard.

de nombreuses indications permettent une visualisation claire de la situation qui pourrait être mise en scène => le lecteur se sens concerné et réalise d’autant plus facilement ce qu’il l’attend : la vieillesse et la mort

l'évocation des sens renforce le réalisme :
la vue : “au soir” - l’odorat : “feu” - le toucher : “filant” - l’ouïe : “chantant”

cliché de la vieille femme qui fille au coin du feu => Hélène peut être n’importe qu’elle femme => visée universel du poème

II)Une décrépitude inexorable :
1) Une vieille femme :

dés le vers 1, emploi du futur prophétique “quand vous serez bien vieille” + “bien” qui insiste sur l'idée de vieillesse

la beauté d'Hélène est mise au passé “du temps que j’étais belle” (v. 4)

dans ce sonnet, elle n’est décrite que comme une “vielle accroupie” (vers 11) ce qui n’est guère élogieux d'autant plus que cette description est précédée des vers 9 à 12 :
“ Je serai sous la terre, et fantôme sans os / Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; /
Vous serez au foyer une vieille accroupie, / Regrettant mon amour et votre fier dédain“
=> qui confèrent l'immortalité au poète et mènent Hélène vers une mort certaine

une vanité => la vie mène à la mort : l'existence terrestre est vaine

2)La mort omniprésente :

Tout au long de ce sonnet on retrouve un champs lexical de la mort très large :
- “au soir à la chandelle“ v.1 => au soir de la vie
- “sous la terre“ v.9 + “repos“ v.10 => euphémisme : mort et enterré
- “fantôme sans os“ v. 9 => ici la mort est liée à l'idée de liberté
- “les ombres myrteux“ v.10 => à l'ombre des bois de myrtes, qui accueillaient aux enfers les amoureux, selon le poète latin Virgile

champs lexical de la religion : “bénissant“ + “ louange immortelle“ => côté religieux de le mort

III) Un “Memento Mori” qui mène au “Carpe Diem” :

notion de regret “regrettant mon amour“ accentuée par l'imparfait “célébrait“ v.4 + notion du temps qui passe extrêmement rapidement “n'attendez à demain“ => il faut profiter tout de suite de la vie et de l'amour que lui offre Ronsard car il n'est pas éternel, et peut-être que demain il sera déjà trop tard

Alors que durant tout le sonnet se succèdent des futures à valeur prophétique : “serez“ v.1, “direz“ v.3, “aurez“ v.5, “serai“ v.9… ainsi qu'un imparfait, on retrouve des impératifs présents dans le dernier tercet : “vivez“ V.13, “n'attendez“ v.13, “cueillez“ v.14 => Le “Memento more“ amène le “Carpe Diem“ => on revient au présent il faut profiter sans plus attendre, pour ne pas regretter

=> “vivez si m'en croyez“ : je vous aurais prévenu, croyait en son expérience : c'est le dernier argument qu'avance Ronsard, c'est aussi le plus frappant

Conclusion :
Malgré l'amertume qui s'en dégage, ce sonnet est néanmoins une déclaration d'amour. Ronsard y développe une argumentation structurée, partant du “Memento Mori“ au “Carpe Diem“, qui vise à convaincre Hélène de Surgéres de profiter de l'amour qu'il lui offre avant qu'il ne soit trop tard, car rien n'est éternel. Paradoxalement, ce sa mort lui conférera aussi l'immortalité… C'est donc un tableau choc qui vise à faire réagir le lecteur. Retrouve t-on la même dureté de ton dans les autres poèmes de Ronsard ?

Ode à Cassandre, Pierre de Ronsard


Ode à Cassandre
Pierre de Ronsard


Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Commentaire

Introduction

Pierre de Ronsard, chef de fille de la Pléiade, célèbre mouvement littéraire du XVI ème siècle, s'inspire d'auteurs antiques, et ici d'Horace et de son "Carpe Diem". Il reprend ici le topos de la fuite du temps, c'est pour mieux persuader et convaincre Cassandre de profiter de sa jeunesse et aussi de son amour (peut-être). Ce n'est cependant pas une imitation servile : Ronsard fille la métaphore de la fleur éphémère et l'enrichie par la musicalité de sa langue et le mélange des registres.

Plan

I) Un appel aux sentiments
1) l'apostrophe "mignonne"
- d'emblée de façon flatteuse et affectueuse
- insiste sur la beauté et la jeunesse + relation que Ronsard désir nouer avec elle

2) la métaphore de la femme-rose

- promenade => réactiver le cliché de la femme)fleur qui sert sa stratégie de séduction
- 1ère strophe : personnification de la rose et rosifiction de la femme

3) les répétitions

- "mignonne" à ≠ endroits :
* 1§ : au sommet de sa fraicheur
* 2§ : perd ses beautés
* 3§ : sans majuscule, désacralisation, elle est "déflorable"

II) De la persuasion à l'argumentation
1) la fuite du temps
- vie présenté en une journée
- trajection des temps verbaux souligne le caractère éphémère de la beauté : passé, présent, futur

2) la progression thématique
- 1er sizain : analogie femme-fleur
- 2ème sizain : déploration face au temps qui passe
- 3ème sizain : conclusion des 2 premiers : il faut profiter tant qu'il en est temps

3) un poème en forme de syllogisme
- la femme est une rose
Or la rose est éphémère
donc "Mignonne" est éphémère
=> elle doit profiter de sa jeunesse

=> Plus qu'à une imitation servile du "Carpe Diem" d'Horace, Ronsard se livre à un détournement du message épicurien : ce n'est pas le jour mais la jeunesse qu'il faut saisir. Ce détournement est l'occasion de renouveler le lyrisme de l'Ode latine.

III) La musicalité de la langue
Le poète par la musicalité de sa langue et le mélange des genres insuffle un nouveau souffle à l'Ode latine.
1) la musicalité de la langue
- reprend la structure en 3 § de l'Ode pindarique = genre prestigieux => lyrisme familier => musicalité de la langue
- néologisme + rimes "choir/soir" - "jeunesse/ivresse"…
- rythme mimétique : "choir" + inversion insiste sur l'idée de chute

=> mais c'est surtout la "varietas", chère aux poète de la Pléiade que Ronsard renouvèle l'Ode.

2) le mélange des registres : "la varietas"
- 1§ : lyrisme élogieux
- 2§ : élégie pathétique : "las" => petit drame
- 3§ : didactique : connecteur logique : "donc", "si", "tandis que"…

Art poétique, Paul Verlaine


Art poétique

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'impair,
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.
C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où?
O qui dira les tons de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine


Commentaire

Paul Verlaine, célèbre précurseur du symbolisme, écrit l' "Art Poétique" en 1874 et le considère comme n'étant "qu'une chanson après tout". Dans ce poème de 9 quatrains composés en vers impaires, il expose sa vision de la poésie et certains principes symbolistes. Il est intéressant de voir en quoi cet "Art Poétique" est une réaction contre une conception très rigide et fixe de la poésie. Mais, peut-on véritablement parler d'art poétique ?

Au fil du poème nombreux sont les principes rejetés par l'auteur au profil de nouvelles conceptions qu'il trouve plus esthétiques.

En effet, Verlaine condamne le vers pair qu'il juge trop lourd : "en lui qui pèse ou qui pose", et
préfère la notion de "Nuance" à celle de "Couleur" afin d'arriver à une poésie légère qui permet à l'"âme" de s'"envoler". Dans le même esprit il s'oppose à la "pointe" et au "rire" qu'il juge "impur" et "assassine". In ne voit pas l'intérêt de retrouver dans la poésie des lieux communs de la vie courante. Pour lui ce n'est que de la "basse cuisine". De plus, il veut éradiquer "l'éloquence" et rendre la "rime assagie". Verlaine trouve que cette dernière a de plus en plus d'importance et cela lui déplaît ; il se demande "jusqu'où" "elle ira" si personne de l'arrête. Lui, aimerait plus de "musique". Il est contre la banale description, préférant les images et les métonymie.

Verlaine expose ici de nouvelles conceptions qui contribueront au symbolisme. Pour lui, la musicalité de la langue doit passer "avant toute chose". Pour ce faire il choisit un vers impaire, neuf syllabes, dont se dégage un rythme ternaire qui produit une sensation de légèreté. En joignant "l'indécis au précis" il provoque un flou artistique que seule la "nuance" peut dissiper et unit ainsi la rêve à la romance. Même s'il dénigre la "rime" en la considérant comme un "bijou d'un sou", l'oxymore insiste sur le fait qu'elle n'en est pas moins un "bijou" mais qu'il faut l'user à bon escient.
La présence de rimes embrasées accentue le sentiment de légèreté et relève un gros travail sur les sonorités. Dans le premier vers la rime en "ose" est mimétique de la lourdeur du vers paire. La paronomase du vers 15 "la nuance seule fiance" insiste sur l'importance de la "nuance" et contribue au rythme du poème.

L'"Art Poétique" est donc bien une réaction à une certaine conception de la poésie comme le montre l'ensemble des nouvelles règles qui y sont évoquées. Mais, ce faisant, ne peut-on pas le considérer comme un art poétique ?

Comme un art poétique est un ensemble de règles transmises par l'auteur au lecteur au travers d'un poème, on est tenté de dire que ce poème de Verlaine est un art poétique. En effet, il dispense de nombreux conseils mais clôt le poème en déclarant que "le reste est littérature". N'est-ce donc pas plutôt un manifeste du symbolisme ?

Ici, le poète conseil le lecteur sur la méthode à suivre pour écrire un poème. Les multiples impératifs : "préfère", "fuis", "prend", "tords", … suggèrent l'utilisation du vers impaire, plus léger, ou d'éviter les lieux trop banaux. Ces conseils sont directement adressés au lecteur que le poète interpelle avec le pronom "tu". Cette apostrophe vient s'ajouter à des expressions comme "il faut" créant un lien entre le lecteur et le poète.
La présence d'un vocabulaire technique, spécifique à la poésie est aussi un élément qui est en faveur d'un "art poétique". Or ils ne sont pas absents du poème de Verlaine : "impaire", "morts", "pointe", "rime", "vers"…

Mais l'"Art Poétique" est ici considéré comme une "chanson grise". L'importance de son contenu en est donc minimisé. De plus, le fait qu'il se clôt avec le mot "littérature", mis en valeur par sa place en fin de strophe et à la rime est un élément non négligeable. En effet, Verlaine affirme ainsi ne pas avoir fait de théorie ! On ne peut donc pas à proprement parler d'art poétique puisque l'auteur dément ce fait.

Il est donc plus probable que ce soit un manifeste du symbolisme. Puisque dans ce poème tout y correspond. Tout d'abord par le fait que ce soit une réaction à une autre conception de la poésie et que d'autres règles y sont énoncées. Ensuite, les conseils de l'auteur appuient ces nouvelles règles. Enfin, on constat que nombre de ses règles seront directement reprises par les symbolistes, dont Verlaine fait partie.

Dans l'ensemble, ce poème n'est donc pas véritablement un art poétique mais plutôt un manifeste où l'on retrouve la conception symboliste de la poésie.
Tous ces principes seront-ils présents dans les poèmes symbolistes ou certains seront-ils abandonnés ?