jeudi 7 juin 2012

Quand vous serez bien vieille, Pierre de Ronsard


“Quand vous serez bien vieille”
Pierre de Ronsard


Montrez en quoi ce texte a une dimension argumentative.

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Introduction :
Les sonnets pour Hélène est une œuvre de commande faite à Ronsard, célèbre poète du XVIème siècle et chef de fille de la Pléiade. Le poète, à la fin de sa vie quand il rédige cette œuvre, s’était déjà inspiré des thèmes épicuriens du “Carpe Diem” et du “Memento Mori” dans d’autres œuvres comme les Odes, mais c’est ici sous un jour beaucoup plus réaliste que Ronsard nous livre une déclaration d’amour. Par quels procédés Ronsard convainc et persuade t-il Hélène de Surgéres et, par la même occasion, son lecteur de profiter sans plus attendre de la vie? Dans un premier temps nous étudierons le réalisme qui se dégage du sonnet, et en quoi il sert la stratégie du poète. Puis nous nous intéresserons le rôle respectif du “Memento Mori” et du “Carpe Diem”.

Lecture

I)Une scène extrêmement réaliste :

une scène de la vie courante : une veille femme (Hélène), filant et chantant près d’un feu, une servante qui commence à s’endormir avant d’être réveillée à l’évocation de Ronsard.

de nombreuses indications permettent une visualisation claire de la situation qui pourrait être mise en scène => le lecteur se sens concerné et réalise d’autant plus facilement ce qu’il l’attend : la vieillesse et la mort

l'évocation des sens renforce le réalisme :
la vue : “au soir” - l’odorat : “feu” - le toucher : “filant” - l’ouïe : “chantant”

cliché de la vieille femme qui fille au coin du feu => Hélène peut être n’importe qu’elle femme => visée universel du poème

II)Une décrépitude inexorable :
1) Une vieille femme :

dés le vers 1, emploi du futur prophétique “quand vous serez bien vieille” + “bien” qui insiste sur l'idée de vieillesse

la beauté d'Hélène est mise au passé “du temps que j’étais belle” (v. 4)

dans ce sonnet, elle n’est décrite que comme une “vielle accroupie” (vers 11) ce qui n’est guère élogieux d'autant plus que cette description est précédée des vers 9 à 12 :
“ Je serai sous la terre, et fantôme sans os / Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; /
Vous serez au foyer une vieille accroupie, / Regrettant mon amour et votre fier dédain“
=> qui confèrent l'immortalité au poète et mènent Hélène vers une mort certaine

une vanité => la vie mène à la mort : l'existence terrestre est vaine

2)La mort omniprésente :

Tout au long de ce sonnet on retrouve un champs lexical de la mort très large :
- “au soir à la chandelle“ v.1 => au soir de la vie
- “sous la terre“ v.9 + “repos“ v.10 => euphémisme : mort et enterré
- “fantôme sans os“ v. 9 => ici la mort est liée à l'idée de liberté
- “les ombres myrteux“ v.10 => à l'ombre des bois de myrtes, qui accueillaient aux enfers les amoureux, selon le poète latin Virgile

champs lexical de la religion : “bénissant“ + “ louange immortelle“ => côté religieux de le mort

III) Un “Memento Mori” qui mène au “Carpe Diem” :

notion de regret “regrettant mon amour“ accentuée par l'imparfait “célébrait“ v.4 + notion du temps qui passe extrêmement rapidement “n'attendez à demain“ => il faut profiter tout de suite de la vie et de l'amour que lui offre Ronsard car il n'est pas éternel, et peut-être que demain il sera déjà trop tard

Alors que durant tout le sonnet se succèdent des futures à valeur prophétique : “serez“ v.1, “direz“ v.3, “aurez“ v.5, “serai“ v.9… ainsi qu'un imparfait, on retrouve des impératifs présents dans le dernier tercet : “vivez“ V.13, “n'attendez“ v.13, “cueillez“ v.14 => Le “Memento more“ amène le “Carpe Diem“ => on revient au présent il faut profiter sans plus attendre, pour ne pas regretter

=> “vivez si m'en croyez“ : je vous aurais prévenu, croyait en son expérience : c'est le dernier argument qu'avance Ronsard, c'est aussi le plus frappant

Conclusion :
Malgré l'amertume qui s'en dégage, ce sonnet est néanmoins une déclaration d'amour. Ronsard y développe une argumentation structurée, partant du “Memento Mori“ au “Carpe Diem“, qui vise à convaincre Hélène de Surgéres de profiter de l'amour qu'il lui offre avant qu'il ne soit trop tard, car rien n'est éternel. Paradoxalement, ce sa mort lui conférera aussi l'immortalité… C'est donc un tableau choc qui vise à faire réagir le lecteur. Retrouve t-on la même dureté de ton dans les autres poèmes de Ronsard ?

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